archive

Archives Mensuelles: septembre 2011

Bon, je suis rentré en P2. Ca y est.

Ils ont voulu bien faire avec la réforme de cette année. Au lieu de séparer la bioch, la biomol, l’anatomie, la sémiologie, tout à été réuni dans des UE: appareil locomoteur, tissu sanguin… Ca part d’une idée plutôt sympa. C’est théoriquement top.

Le premier cours lundi, c’était surprise. Parce que plutôt que d’écrire en langage humain « Tissu sanguin », c’était écrit en langage administration « MED0303 ». Donc on va en cours sans trop savoir. Mais je m’y étais habitué en P1, au pré-pré-choix sur des fiches impossibles à comprendre, au secrétariat ouvert de treize heures à treize heures dix les jours d’éclipse lunaire, aux visites médicales pendant les partiels…

Le premier cours lundi, c’était donc finalement tissu sanguin. Chouette. Et donc pour introduire ce cours, ils ont logiquement commencé par un cours de généralité: le cycle de l’acide folique et de la vitamine B12. Qu’est ce qu’on s’éclate.

Après, on avait cours, mais le prof n’est pas venu. le lendemain, à 8h, la prof n’est pas venue. Et le surlendemain, à 9h, le prof est venu, a marmonné un truc puis est parti. Donc le jour suivant, je ne suis pas venu. Mais il parait que c’est parce qu’on est tous de gros branleurs que notre fac pleure sa maman aux ECN.

Jusque ici, on est même pas à 1/10 sur l’échelle de la sécurité sociale.

Le lundi, on avait une réunion qui nous présentait les UE de recherche, vu qu’elles sont maintenant intégrées dans les heures de cours. Pour des raisons disons… policières et médicales, je n’ai pas pu y assister. Je craignais le pire. J’avais raison:

-Déjà, j’ai mis trois jours à trouver ou m’inscrire, aidé par un pote qui, lui, avait assisté à la réunion, et était aussi paumé que moi. « C’est facile pourtant », m’a dit madame Têtaclak la secrétaire.

-Ensuite, j’ai pas trouvé P2/L2 sur le formulaire. On m’a dit que c’était parce que c’était parce qu’il fallait remplir un autre formulaire.

-Sur ce formulaire la, il n’y avait plus les mêmes UE. J’ai choisi, j’ai rempli, j’ai recopié mon nom pour la trente douzième fois.

-On m’a dit qu’il ne fallait pas choisir cette UE la puisque comme le master avait une réformalacon l’année suivante elle serait supprimée.

-J’ai recommencé, j’ai refait cette putain d’inscription de merde de sa mère la péripatétipute, j’ai envoyé le formulaire sur internet, et monsieur le site internet m’a dit que le questionnaire était clos depuis dix minutes et que je n’avais plu qu’à aller me faire papayouter. Ou à envoyer un mail à la scolarité pharma.

-J’ai envoyé un mail à la scolarité des pharmas, qui m’a dit d’envoyer un mail au responsable machinchosemuche, qui ne m’a pas répondu.

Bref, je ne vais pas faire de recherche je crois, je finirais par écraser un informaticien ou une secrétaire avec une centrifugeuse.

Publicités

Madame C est morte.

Juste devant moi, avec les deux infirmières à côté, et sa fille appelée en urgence quand j’ai trouvé 5/3 de tension.

J’avais pas envie de rester, je voulais aller refaire un lit, remplir des carafes. Mais on m’a demandé de faire pleins de trucs. Prendre la tension, échanger le tensiomètre avec un mieux en cardio. Prendre la température. Reprendre la tension. 4/2. Elle était mieux depuis trois jours. Elle n’avait pas très faim à midi. Impossible de trouver une veine, pas de retour avec si peu de tension. Ce matin, elle avait choisi ses repas du lendemain. Elle avait demandé des coquillettes avec sa pintade. 4/2. Je vais chercher le paravent qu’on avait toujours pas mis. Madame B, dans la même chambre, me dit qu’elle l’a forcée à manger pour faire plaisir à sa fille, et elle s’en veut. J’essaie de la rassurer. J’échoue lamentablement. La fille arrive, madame C ne fait que respirer, mais elle ne bouge pas. Quand j’ai débarrassé son plateau un peu avant, j’ai cru qu’elle dormait. Madame C ne respire plus. Je sors. Le fils arrive, sait que sa mère va mal mais ne sait pas qu’elle est décédée. Il me demande si il peut entrer dans la chambre.

Madame C est dans le service depuis que je suis arrivé, je lui apportais moi-même son plateau car je l’aimais bien, je discutais avec sa fille qui venait lui donner à manger tous les soirs.

Ce matin, madame D a sonné quelques minutes après mon arrivée à l’hôpital, je suis donc allé voir dans sa chambre: elle avait besoin du bassin pour la grosse commission. J’ai déboutonné son pyjama, ai glissé le bassin en lui soulevant les fesses, ai attendu qu’elle re-sonne pour me dire qu’elle avait fini. J’ai mis deux bonnes minutes à revenir puisque je faisais autre chose à ce moment la, minutes ou elle attendait, les fesses souillées pendant lamentablement dans sa propre merde. Elle s’est tourné sur le côté, je l’ai essuyée avec du papier, du coton, divers produits. Ca a certainement été extrêmement humiliant pour elle. Ca n’a pas été particulièrement agréable pour moi.

En fin de matinée, vu que j’avais un trou paperasse (ça arrive deux fois par service, tout le monde s’arrête et écrit plein de trucs bizarres sur des papiers que de toute façon personne ne lira jamais) après la prise des 22 tensions, 22 températures et tout plein de diurèse, sat’ et tout ça (au bout de la 10ème tension, ce n’est plus très vraiment beaucoup rigolo du tout, mais je suis expert ès tension maintenant, je peux la deviner rien qu’en écoutant quand l’appareil s’arrête de dégonfler), j’ai discuté un peu avec cette dame et sa coloc’ d’hôpital qui sont les plus marrantes du service (sa voisine a essayé de me refiler un billet de 10€ juste parce que je l’avais accompagnée à sa consultation et attendu avec elle, preuve que ce ne doit pas être trop habituel).

On a parlé avec madame D de sa mobilité, elle m’a dit qu’elle avait peur de se déplacer. Je suis sorti de la chambre, ai ouvert la porte en face, et ai ramené un déambulateur. Madame D a eu un peu de mal mais s’est levée. Seule. Puis a été aux toilettes. Seule. Et ravie.

Personne n’avait pensé à lui amener un putain de déambulateur. On a lavé, changé, torché une personne capable de le faire presque seule.

Tout à l’heure, un aide-soignant s’est fait engueuler par une stomato-jsais-pas-quoi-jai-rien-compris parce qu’il n’avait pas aidé monsieur H à faire sa toilette. Monsieur H se débrouille très bien tout seul, ne demande pas d’aide, mais on devrait lui laver jambes, pieds et fesses. Effectivement, monsieur H à de gros oedèmes qui doivent rendre assez douloureux sa toilette des jambes. Mais… Ils n’ont pas le droit de se battre pour garder le plus longtemps possible leur indépendance? Quand je vois monsieur C, qui est plus que valide tant mentalement que physiquement, et qui se laisse complètement aller, demande à ce qu’on l’aide pour tout, demande un biberon (oui, en vrai il parait que ça s’appelle canard, mais un verre avec un embout qu’il faut téter, j’appelle ça un biberon pour vieux) pour boire… Je me dis que ceux qui veulent rester digne tant qu’ils le peuvent doivent être soutenus. Pas maternés. Ils ont probablement déjà assez peur de ce qui va leur arriver sans qu’on accélère le processus.

Sinon en vrac:

-Mon premier décès. Je n’étais pas la, c’était le matin. La veille, je lui faisais manger son dîner et me disais qu’elle allait mieux, elle me parlait un peu pour une fois et souriait. Appris de manière douce pendant les transmissions: « Bon ben madame N, paix à son âme! ». Bizarrement, pas eu trop de problèmes avec ça. Je revois juste sa tête parfois. Je crois que j’avais peur que ça arrive alors je m’étais préparé.

-Mon premier patient que je déteste: madame P m’a craché dessus en me visant, puis a craché sur l’élève infirmière qui a tenté de prendre le relais. J’aurais pensé à un simple syndrome de je-perds-total-la-boule, mais j’ai rencontré la famille qui m’a traité d’ « incompétent-pfffffffff-inutile-pfffffff » quand je leur ai expliqué (phrase que j’ai énormément répété pendant cette semaine et demie) que je ne savais pas, et j’ai cru qu’ils allaient pendre le médecin sur un pied à perf’ quand ils ont commencés à l’insulter pour rien. J’avais oublié qu’au delà de leur maladie, de leur état, il y avait des gens, donc des sympas, et des cons (même si c’est très schématique, ils avaient sans doute peur…).

-« On ne devrait jamais avoir à enterrer ses propres enfants ». Madame B a perdu son fils il y a quelques mois. Elle a pleuré, un peu. J’ai eu du mal à ne pas pleurer aussi en entendant l’histoire. Une rupture, une vie foutue en l’air, des médicaments, une visite un après midi…

-Je commence à savoir faire pleins de gestes. Mais pas poser un cathé. C’est les élèves infirmières qui s’en chargent, et quand j’ai demandé, elles m’ont dit que pas trop, parce que c’est difficile et que je risque de rater. Juste une question, vous avez appris comment mesdames les futures infirmières? Donc j’ai du m’entraîner sur un ami qui à fait pareil sur moi. Je suis une passoire.