Brève (1)

Madame C est morte.

Juste devant moi, avec les deux infirmières à côté, et sa fille appelée en urgence quand j’ai trouvé 5/3 de tension.

J’avais pas envie de rester, je voulais aller refaire un lit, remplir des carafes. Mais on m’a demandé de faire pleins de trucs. Prendre la tension, échanger le tensiomètre avec un mieux en cardio. Prendre la température. Reprendre la tension. 4/2. Elle était mieux depuis trois jours. Elle n’avait pas très faim à midi. Impossible de trouver une veine, pas de retour avec si peu de tension. Ce matin, elle avait choisi ses repas du lendemain. Elle avait demandé des coquillettes avec sa pintade. 4/2. Je vais chercher le paravent qu’on avait toujours pas mis. Madame B, dans la même chambre, me dit qu’elle l’a forcée à manger pour faire plaisir à sa fille, et elle s’en veut. J’essaie de la rassurer. J’échoue lamentablement. La fille arrive, madame C ne fait que respirer, mais elle ne bouge pas. Quand j’ai débarrassé son plateau un peu avant, j’ai cru qu’elle dormait. Madame C ne respire plus. Je sors. Le fils arrive, sait que sa mère va mal mais ne sait pas qu’elle est décédée. Il me demande si il peut entrer dans la chambre.

Madame C est dans le service depuis que je suis arrivé, je lui apportais moi-même son plateau car je l’aimais bien, je discutais avec sa fille qui venait lui donner à manger tous les soirs.

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6 commentaires
  1. Courage. Les premiers décès sont assez difficiles à gérer, on y est tous passés. Après, ça devient plus « facile ».
    Soit empathique.

  2. Poum a dit:

    Est ce que l’équipe t’a soutenu un peu pour ce premier décès ?
    B*rdel, ça a du être très dur… je n’ai pas encore vu de mort, pas pressée d’ailleurs, mais il y a déjà eu une patiente, au stage infirmier, que j’aimais beaucoup, que j’avais lavée le matin, qui mer parlait de ses petits enfants, et qui est décédée la nuit d’après. Pas facile.

    • Non. Et c’est le principal truc que je leur reproche. Après, je suis descendu, et j’ai fumé une, deux clopes. Je n’avais jamais fumé aussi rapidement. Quand je suis sorti de l’hôpital, j’ai senti les larmes me monter aux yeux, mais je n’ai pas pleuré, même si ça m’aurait fait du bien. Mais personne n’est venu me voir. J’ai essayé d’en parler, quelques jours plus tard, et on m’a dit que oui, il fallait m’endurcir.

      Au final, je ne sais pas, peut-être qu’elles avaient raison, que c’était à moi de faire face.

      • Docmam a dit:

        Non elles n’avaient pas raison.
        Même si c’est des choses que tu sais que tu vas forcément devoir affronter dans ta vie et dans ta carrière, c’est pas inné, et tu vas pas apprendre à y faire face tout seul.

        Ou alors justement tu vas t’endurcir, mettre ta carapace, et ça ne te touchera plus, et tu seras devenu un con.
        Donc oui c’est important d’en parler.

  3. Thorold a dit:

    Salut, très bon article pour mettre des mots sur cette expérience fondatrice dans la vie d’un soignant.
    Essaye juste d’éviter de parler des résultats de tension comme les patients, utiliser les unités internationales permet à tout le monde de se comprendre. Cela t’evitera de te faire fusiller par le PH de cardio lors de ton externat.
    Cordialement

  4. Vraiment super intéressant de pouvoir lire des témoignages de stages infirmiers, car de mon côté je vais le faire cet été. Au moins j’ai quelques idées de ce à quoi m’en tenir, même si chaque expérience reste unique en soit…

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